Ce qui me vient au jour le jour.
Que voulez-vous que je vous dise ?
Je suis d'une tristresse....
en plus, j'ai mal à une dent.
Et mon dentiste avec qui j'ai rendez-vous le 22. On n'est que le 12. 10 jours à attendre. Bon c''est rien du tout. Rien qu'un composite qui se fait la malle. Mais bien sûr, sur une dent de devant.
Celles qui sont remboursées par la Sécurité Sociale. Celles qui font partie du "sourire". Incisives et canines. Quelques prémolaires mais pas toutes. Juste celle qui jouxte la canine, et encore plutôt celle du bas. Chez le dentiste, ils ont des barêmes bizarres. C'est pour cela que je l'aime mon dentiste, il ne travaille pas "à la louche". Il il me suit depuis plus de dix ans. Il en a ras le cul de bosser et là, je vais le retrouver, rentrant de vacances. Souvent, il m'installe sur le fauteuil et il tchatche. Bla bla bla et bla bla bla, avec son masque, alors que moi je suis tranquillou dans la position de la personne qui va se faire voire la bouche, c'est jamais une partie de plaisir, hein. Et il me raconte des trucs dont je n'ai rien à faire ! Allez monsieur, si on travaillait ?
La discussion s'arrête. Il travaille. C'est cool, quand il bosse, il ne parle pas. Et toi, pauvre petite chose, tu es totalement abandonnée à ses désirs. Tu as les pieds et les mains qui tremblent, t'es mal.
"Ne bougez pas, c'est bientôt fini".
Fini ??? C'est là que ça commence !
ZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZ zouing ne bougez pas.
zzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzouing c'est bientôt fini.
un petit coup de zing par ici et hop il te dit :
"Gardez la machoire ouverte, je vais prendre une empreinte".
bon on a le droit de cracher entre temps, ouf.
Non c'est pas si terrible que ça, le dentiste. Faut juste y aller avant d'avoir mal.
Mon dentiste il est génial, car même si j'ai eu mal, il a su me piquer là où il fallait. Sans aucune hésitation. Hop, trois minutes et après vous ne sentirez rien. Je ne crains pas les piqures, alors que j'ai des potes, ils sont allergiques, merde. Moi, presque, j'aime.
Trois fois je me suis faite opérée ces derniers temps et trois fois j'ai eu rendez-vous avec l'anesthésiste. On ne sait jamais, des fois que le coeur lache.
J'adore être anesthésiée ! La dernière fois, c'était juste pour vingt minutes. On te met dans un box, on te demande de te dévêtir et de revêtir le truc laid. Tu ne t'appartiens plus, tu abandonnes toutes tes choses précieuses dans le box. Un mec dans le couloir fait la sécu. On raméne les gens ensommeillés et on amène les gens qui vont dormir. C'est un sacré va et vient. Entre temps, des personnes nettoient tout.
Toi, tu le laisses guider. tu n'es que de la viande. Anesthésiée, tu oublies tout et tu te réveilles dans ton box. Quelqu'un passe pour dire "tout va bien, ne vous inquiétez pas" et cinq minutes après, t'as les résultats dans la main et on t'indique la sortie. Et c'est là où tu as envie de parler, et c'est là où il n'y a personne.
Sauf si tu as un gentil accompagnateur qui a attendu.
Sinon, t'es dans la merde !
Tu te retrouves seule au monde, avec tes résultats dans une main et tu ne sais pas où aller.
T'as qu'une envie, c'est voir des potes, sentir le sourire de l'amitié.
Bé non, rien, nada, t'es seule. Et demerde-toi.
Bé tu te démerdes. Tu t'assieds sur un banc en pierre pour reprendre tes esprits, réfléchis à la situation, envisage comment il faut faire pour rentrer chez soi, si on a un chez soi, car à l'époque je n'en avais pas vraiment.
Alors que sept ans durant, j'habitais un faux F4 de presque 100m², je me suis retrouvée à la rue. Alors j'allais deci de là par ci par là. Des fois j'en rêve encore de cette période où j'étais si mal. Cela fait maintenant onze ans que j'habite mon grand F1, bé il m'arrive encore de faire des rêves où je tombe du lit, où je ne suis pas chez moi, où j'ai peur, où on me viole, on me frappe, on me pille.
J'ai toujours aussi peur. Je ferme ma porte à double tours et je sursaute au moindre bruit.
Dehors, pas loin de l'épicerie, des gens crient. J'entends au loin des bébés qui hurlent.
Et des chiens qui aboient. Mais la caravane passe.
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